Avis de tempête durable sur les émergents : mauvais et bons réflexes

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Avis de tempête durable sur les émergents : mauvais et bons réflexes

imgresLe retour de la Chine dans la guerre des monnaies à la mi-août est un révélateur plus encore qu’un événement en soi. Ce n’est pas nouveau et la croissance chinoise de la première décennie des années 2000 a été basée sur un change de combat et une très forte sous-évaluation des termes monétaires . Mais les autorités chinoises ont d’une certaine façon reconnu le 10 août le ralentissement de la croissance qu’ils niaient dans les communiqués officiels encore quelques jours auparvant, dans des statistiques visiblement traficotées.

L’automne 2015 se profile comme une étape dans la résolution de la crise financière de 2008-2009. Elle était la conséquence des déséquilibres commerciaux qui avaient favorisé les exportations chinoises et d’un ensemble d’économies émergents au détriment des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon. Le rééquilibrage des termes du commerce est un des éléments du retour de la croissance américaine et du début de rebond en Europe et au Japon. Évidement, le commerce et la production mondiale jouent en somme nulle à l’échelle de la planète: la Chine et les émergents ne sont plus subventionnés par les pays développés.

imagesLa confirmation par le pouvoir communiste en Chine de cette réduction de la croissance sensiblement au-dessous de ce que les économistes appellent la croissance potentielle (principalement liée à la démographie) bouscule les certitudes des investisseurs. Elle remet en cause les valorisation des actions, basées sur des estimations de bénéfices à venir.

Le réflexe est de concentrer les portefeuilles sur les actions des sociétés des pays développés opérant sur leurs marchés nationaux. Attention: le cas typique concerne les sociétés concessionnaires de services publics. Elles sont assez chères en raison du niveau des taux d’intérêt, qui est le principal facteur de leur évaluation puisqu’il s’agit, pour l’acheteur des actions de comparer le flux à venir de résultats assez sûrs avec le loyer de l’argent. Deuxième piège:le pari de certaines de ces sociétés pris sur les pays émergents.

Les concessionnaires d’eau et de propreté Véolia Environnement et Suez Environnement ont payé très cher dans le passé leurs investissements dans les énormes métropoles émergentes et doivent toujours présenter une nette prime de risque boursière avant d’envisager acheter leurs actions. En revanche, les concessionnaires d’autoroutes (Vinci,) ou les opérateurs de téléphone (Orange, KPN, Telecom Italia) offrent le bon profil, même si le niveau des taux d’intérêt joue aussi dans les évolutions de leurs cours. Les électriciens (Engie, EDF) sont un peu à mi-chemin et sont en tout état de cause pénalisés par les niveaux durablement bas des cours de l’énergie.

La solution, vous ne la trouverez pas sur en jouant le yuan sur le Forex, avec une devise manipulée par les autorités d’un pays totalitaire. Peut-être un peu paradoxalement, les grandes valeurs de consommation sont la bonne piste. Elles conservent une clientèle des «nouveaux riches» des émergents et trouvent dans les pays matures des marchés à fortes marge qui retrouvent la croissance. On peut citer les vedettes LVMH, Hermès, International, Unilever, Nestlé. Les achats dans les séances de baisse généralisée seront gagnants à moyen et même à cour terme.

Il faut aussi (peut-être même surtout) acherer les «vraies domestiques» en Europe principalement, mais aussi aux Etats-Unis pour profiter de la reprise de la consommation. Une sélection: Bonduelle (marques Bonduelle et Cassegrain), Ebro Foods (marques Panzanni et Lustucru), Autogrill (restauration dans les lieux de voyages et déplacements sous cette marque), Accor.


A propos de l'auteur : Hubert Tassin

Hubert Tassin, 57 ans est journaliste et analyste financier. Son expérience des marchés financiers remonte à 1980 et il a exercé des responsabilités aussi bien dans des sociétés de Bourse que dans la presse. Auteur d'un ouvrage de référence consacré au placement en obligations, il a dirigé des rédactions spécialisées dans les placements financiers au Journal des Finances, chez Investir et chez BFM.

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