Comprendre l’effet de levier : un endettement finalement classique

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Comprendre l’effet de levier : un endettement finalement classique

Les plus prestigieux sont touchés comme la Banque Barings qui a été liquidée en 1995 après des pertes sur indice boursier dépassant le milliard de dollars, le fond LTCM géré par un prix Nobel de l’économie qui a failli déclencher une crise bancaire mondiale en 1998 et, plus près la Société générale (affaire Kerviel), l’Union de Banques Suisses ou JP Morgan Chase. Au-delà des chiffres, comment expliquer le principe même de ces pertes ? Comment peut on perdre plus que ce qu’on a misé. C’est l’effet de levier, dont ces affaires illustre le pire, mais qui peut aussi apporter le meilleur.

Emprunter pour investir

Les professionnels utilisent un jargon plus ou moins ésotérique pour vous perdre. Pourtant, le principe est très simple : pour acheter un actif financier, vous vous endettez et, grâce au crédit, vous acheter pour des montants supérieurs à ce que vous mettez sur la table. Lorsque vous prenez une position de vente, le mécanisme est le même : vous empruntez pour pouvoir livrer les acheteurs.

Sur le papier ; c’est simple. Vous empruntez et, lorsque vous vendrez (si vous avez acheté) ou lorsque vous rachetez ce que vous avez vendu auparavant, vous remboursez votre crédit. Les intermédiaires, courtiers, spécialistes du SRD, Forex, des contrat de différence (CFD), vous permettent, suivant les actifs concernés, d’emprunter dans des proportion qui vont d’une fois les sommes que vous mobilisez jusqu’à 10 ou même 100 fois cette somme. Quand tout marche bien, en investissant peu en apparence (la somme déposée hors emprunt) vous pouvez gagner beaucoup. Mais l’emprunteur ne doit jamais perdre de vue le point crucial : il faut rembourser.

Comprenez la position de votre intermédiaire

Vous aller me dire qu’emprunter pour prendre une position financée en partie par la dette sur les marchés financiers ne relève pas d’une démarche bien différente de celle suivie dans un achat immobilier. Vous avez raison dans le principe, mais il y bien des différences. Placez vous plutôt dans l’optique du prêteur : la banque dans le cas de l’immobilier, votre intermédiaire dans le cas des marchés. Votre banquier recherche d’abord à percevoir un intérêt et à obtenir le remboursement du capital. Il veut aussi, dans un deuxième temps, nouer avec vous un partenariat de long terme qui lui rapporte des commissions ou des marges d’intérêt. Votre intermédiaire recherche en premier lieu à percevoir le plus des commissions de courtage sur vos opérations. Et c’est en second lieu qu’il s’assure du remboursement de son prêt. Se démarche commerciale vous pousse logiquement à prendre du levier pour investir, c’est à dire simplement à vous endetter pour que les commissions de mouvement de votre portefeuille soient les plus élevées possible.

Payer comptant les pertes potentielles : l’appel de marge

Ce n’est pas par ce que votre intermédiaire attend de votre part le maximum d’opérations génératrices de commissions qu’il se désintéresse du remboursement du capital emprunté. Revenons à la comparaison avec un prêt immobilier. Votre banquier a pris deux précautions au début du prêt : votre capacité à rembourser et la garantie que lui donne 100% du bien lui même, au-delà de la somme prêtée. Votre intermédiaire financier n’a comme garantie que votre mise réelle (le dépôt initial ou la couverture) et l’actif financier. Si cet actif financier se valorise, rien à dire. Si, à l’inverse il se dévalorise, votre intermédiaire doit conserver une garantie identique. Il vous demande de verser des liquidités (ou de mettre des garanties) pour compenser la baisse. C’est l’appel de marge. Pour tenir la position, il faut finalement être capable de payer les pertes potentielles au jour le jour, faute de quoi, l’intermédiaire prêteur fait jouer sa garantie en vendant la position.

Le conseil : la dette est de la dette

L’expérience me l’a montré souvent : l’effet de levier peut se révéler un piège. Il est un outil très utile dans des cas assez précis et nous allons en profiter ensemble, mais avant toute opération à effet de levier, vous devez vous répondre à une double question : suis-je prêt à prendre cette dette pour financer ma position, sans m’attacher au dépôt initial qui est un leurre ? A quel niveau vais-je être prêt à encaisser ma perte ?
La dette est de la dette, quel que soit le jargon pour lui donner un aspect cosmétique.


A propos de l'auteur : Hubert Tassin

Hubert Tassin, 57 ans est journaliste et analyste financier. Son expérience des marchés financiers remonte à 1980 et il a exercé des responsabilités aussi bien dans des sociétés de Bourse que dans la presse. Auteur d'un ouvrage de référence consacré au placement en obligations, il a dirigé des rédactions spécialisées dans les placements financiers au Journal des Finances, chez Investir et chez BFM.

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