Quels sont les dangers du trading algorithmique ?

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La finance telle qu’on la connaissait a bien changé. Il est loin le temps ou tous les boursicoteurs passaient leurs ordres autour de la corbeille ou même par téléphone portable. Depuis l’arrivée d’internet en 1990 la spéculation se pratique de plus en plus en ligne avec des logiciels.

Certains opérateurs ont révolutionné le métier en programmant des ordinateurs qui négocient sur les marchés en toute autonomie et à très grande vitesse. Les machines suivent à la lettre un code écrit par des génies en mathématiques. Les stratégies automatisées (voir : comprendre le trading automatique sur Forexo) permettent à ces « Algo trader » de surveiller les prix des actions, de réagir à la vitesse de la lumière et de vendre ou d’acheter des titres instantanément. Ces robots peuvent passer un ordre en moins d’une milliseconde soit plus de 250 transactions en un battement de cil.

La spéculation à haute fréquence se caractérise également par le volume gigantesque de ses opérations. Elle représente 2/3 des échanges boursiers dans le monde et 1/3 en France.

Les gendarmes de la finance (l’AMF) se disent dépassés par les évènements. À l’heure actuelle, les robots sont si rapides que malheureusement leurs dérapages sont difficilement contrôlables. Comme le dit Thierry PHILIPPONNAT, ancien trader et secrétaire général de Finance Watch :

« c’est Frankenstein complet… la créature échappe à son créateur »

Pendant ce temps, les géants du fast trading se livrent une course à l’armement en toute impunité. Chacun cherche à gagner quelques microsecondes sur son concurrent. Dans cette lutte sans merci, tous les coups et les moyens sont permis : installer des serveurs informatiques au plus près des places financières, brouiller l’information, induire en erreur, saturer le marché, manipuler la tendance des cours. Certaines banques françaises profitent même de « crédits impôts recherche » pour développer de nouveaux algorithmes haute fréquence. (BNP Paribas reconnait en avoir généré pour 6 millions d’euros.)

Les enjeux du trading à grande vitesse

Du côté de l’économie réelle, les entreprises du monde entier comptent sur la bourse pour trouver des investisseurs qui soutiennent leur croissance. Les gigantesques mouvements générés par le speed trading menacent l’existence de ces sociétés cotées et des emplois de leurs salariés.

Avec le fast trading, c’est la vie économique de notre pays qui semble soumise à la loi du plus fort. Sachant que ce dernier règne, avec suprématie sur la bourse, au nez et à la barbe des autorités compétentes.

Les conséquences sont lourdes, car les robots faussent l’équité entre les opérateurs et prennent de court les autres acteurs de la finance. La spéculation mets en danger l’investissement.

Rappelez-vous le 6 mai 2010 à 14h42 : le Dow Jones a subi un mini-crash engendrant une baisse record de 9.2% en l’espace de 10 minutes. Du jamais-vu sur les marchés, plus de 300 entreprises ont accusé des écarts de valeur de 60%, sur leurs actions, en quelques minutes seulement.

Qui sont les responsables de cette dérive ?

Les premiers coupables désignés seraient les compagnies Getco, Citadel et Citigroup, les leaders du marché de High Frequency Trading, ainsi que Goldman Sachs qui détient à lui seul 20% des échanges mondiaux à haute vitesse.

Mais rassurons-nous, d’après Fabrice PÉRESSE, Responsable des opérations de marché à NYSE Euronext :

« Un flash-krach ne peut pas se produire ici (en France)…nous avons mis en place des coupes circuit »

Mais, Thierry FRANCQ de l’AMF rétorque :

« à chaque instant on peut avoir un flash-krach à Paris, à Londres, c’est tout à fait possible. »

Que dire des législateurs qui tardent à voter des lois sévères à contre les manipulateurs des cours ?

Rares sont les inculpés pour ce type d’affaires et leurs sanctions semblent bien légères. En juin 2011, Kevin Kraayeveld ,trader néerlandais, fut puni par l’AMF à une amende de 10’000€ pour une escroquerie lui ayant rapporté plus de 585’000 €. À la suite de cette affaire, il a repris son job de trader comme si de rien n’était.

Si l’on montrait du doigt les pouvoirs publics qui ne donnent pas assez de moyens aux autorités pour réguler le trading algorithmique.
Dans l’affaire du trader hollandais, l’enquête a duré plus de 18 mois pour une malversation portant sur seulement 3 titres et réalisée par un seul homme.

Comment lutter contre les robots traders ?

Et si on appliquait plus de mesures pour contrôler le THF, punir les manipulations des cours et contenir la volatilité des marchés ?

  • Des lois et des peines plus strictes à l’échelle internationale
  • Taxer les changements d’ordre ultra rapide
  • Limiter le pourcentage d’ordres annulés
  • Infliger des peines proportionnelles au montant frauduleux
  • Doter les organismes de contrôle de moyens informatiques suffisants pour détecter les fraudes et identifier les coupables

Finance Watch, l’ONG qui a pour vocation de contrebalancer le lobby de l’industrie financière propose également les amendements suivants :

  • Interdiction des conventions de Direct Market Access afin de préserver l’équité entre les acteurs de marchés
  • Interdiction des accès privilégiés aux carnets d’ordres, mettant ainsi un terme aux transactions flash
  • Obligation, pour les entreprises de HFT et à hauteur de 30 % de leur trading, d’être pourvoyeurs de liquidité

Mais où en est la législation sur notre territoire ?

En mars 2013, le sénat a validé un amendement pour réprimer la manipulation des cours par des sanctions pénales de 2 ans de prison et 1.5 million d’euros d’amende.

Peut-on être confiant ? Faut-il attendre de voir qui sera inquiété pour savoir si la bourse reste une jungle ou devient réellement un marché régulé ?


A propos de l'auteur : Hubert Tassin

Hubert Tassin, 57 ans est journaliste et analyste financier. Son expérience des marchés financiers remonte à 1980 et il a exercé des responsabilités aussi bien dans des sociétés de Bourse que dans la presse. Auteur d'un ouvrage de référence consacré au placement en obligations, il a dirigé des rédactions spécialisées dans les placements financiers au Journal des Finances, chez Investir et chez BFM.

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